Sport Suisse 2026 : une population active, mais un nouveau défi pour les politiques sportives locales
L’étude « Sport Suisse 2026 », publiée par l’Office fédéral du sport (OFSPO), confirme une réalité importante pour les collectivités publiques : la Suisse reste une nation très sportive, mais la dynamique de progression observée durant les dernières décennies semble aujourd’hui marquer une pause. Menée auprès d’environ 15 000 personnes âgées de 15 ans et plus, l’étude montre que 52 % de la population se considère comme très active, tandis que 17 % reste inactive. Ces proportions sont quasiment inchangées depuis 2020.
Pour les communes, villes et cantons, le principal enseignement n’est donc pas seulement que la population pratique beaucoup de sport. Il est surtout que les besoins évoluent, que les lieux de pratique se diversifient et que les politiques publiques doivent désormais viser davantage la qualité, l’accessibilité et la diversité des possibilités de bouger.
La nature devient une infrastructure sportive à part entière
Deux tiers de la population utilisent la nature comme espace de pratique sportive. Randonnée, cyclisme, natation, ski et jogging restent les activités les plus populaires. Ce constat élargit la notion traditionnelle d’infrastructure sportive : un terrain, une piscine ou une salle de sport ne constituent plus les seuls équipements à considérer dans une politique sportive.
Pour les collectivités, cela implique de penser les politiques sportives à l’échelle du territoire. La qualité des itinéraires cyclables et pédestres, l’accès aux espaces naturels, les parcours de course à pied ou encore la connexion entre quartiers et espaces de loisirs deviennent des éléments de politique sportive, mais aussi de mobilité, de santé publique et de qualité de vie.
Le modèle du club n’est plus l’unique porte d’entrée
L’évolution la plus symbolique concerne les formes d’adhésion. Pour la première fois, 22 % des personnes de 15 ans et plus disposent d’une carte de fitness, contre 19 % qui sont actives dans un club sportif. Parallèlement, la musculation atteint 20 % de pratiquants et le yoga 16 %, tandis que les cinq disciplines traditionnelles du « combiné helvétique » restent dominantes.
Cette évolution ne signifie pas un recul du modèle associatif. Elle montre plutôt que l’offre sportive doit répondre à des usages plus individualisés, plus flexibles et parfois moins liés à une structure permanente. Pour les services des sports, l’enjeu est donc de soutenir un écosystème comprenant clubs, associations, acteurs privés, espaces publics et pratiques libres, plutôt que de raisonner uniquement en nombre de licenciés ou d’installations.
L’accessibilité reste le défi structurel
L’étude rappelle également que la pratique sportive demeure fortement corrélée au revenu et au niveau de formation. Plus ces deux facteurs sont élevés, plus la pratique sportive est importante. Derrière une moyenne nationale très favorable se cache donc une réalité plus contrastée.
C’est probablement l’un des principaux enjeux pour les politiques sportives des prochaines années. Une stratégie efficace ne consiste pas uniquement à augmenter l’offre destinée aux personnes déjà actives. Elle doit aussi réduire les obstacles économiques, sociaux, territoriaux et culturels qui éloignent certaines populations de l’activité physique.
Vers une politique sportive davantage orientée vers l’impact
Ces résultats arrivent dans un contexte stratégique particulièrement intéressant. En mai 2026, l’OFSPO et Swiss Olympic ont présenté les bases de l’encouragement du sport et de l’activité physique à l’horizon 2040, avec une approche centrée sur les effets du sport en matière de santé, de cohésion sociale, de durabilité et d’innovation.
« Sport Suisse 2026 » fournit justement les données nécessaires pour passer d’une logique centrée sur l’offre à une logique davantage orientée vers les usages et les impacts. Pour un élu ou un service des sports, la question n’est plus seulement « combien d’équipements avons-nous ? », mais aussi « qui les utilise, qui n’y accède pas, où les habitants pratiquent-ils et quels effets recherchons-nous ? ».
La prochaine étape pourrait ainsi être moins quantitative que qualitative : mieux connaître les pratiques locales, croiser les données sportives avec celles de la mobilité, de la démographie ou de la santé, et adapter les investissements aux usages réels. La stabilité du niveau de pratique observée entre 2020 et 2026 n’est pas nécessairement un signal de ralentissement durable. Elle constitue surtout une invitation à repenser les politiques sportives autour d’un objectif central : permettre à davantage de personnes de bouger, régulièrement, facilement et dans des environnements adaptés à leurs usages.

Communiqué de l’office fédéral du sport : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/UlpfFamvdMpL4bSTnf_58
Image générée par IA via Google Gemini.